La dysgraphie : Écrire à tout prix?

Qu’est-ce donc ? 

Il s’agit d’un trouble de l’écriture, affectant la vitesse, la qualité ou les deux paramètres simultanément. 

L’écriture est une discipline riche et complexe qui implique de nombreuses compétences chez l’homme. En voici quelques une : la motricité fine, la visuo-construction (repérage de la forme de la lettre), l’intégration visuo-motrice (geste moteur pour tracer la lettre), le tonus. S’il s’agit d’une copie de texte, interviendront la recherche et l’exploration visuelle, la mémoire de travail, l’attention visuelle. Et si c’est une dictée, l’attention auditive aura son rôle. D’autres domaines encore sont sollicités dans l’activité d’écriture. 

C’est donc une acte particulièrement complexe que d’écrire. 

Alors si c’est compliqué, comment y arrive-t-on finalement ?

Le secret dans l’écriture, c’est l’automatisation. Au départ, l’apprentissage est long et coûteux. Mais au fil du temps, le mode de tracé devient automatique et le cerveau libère une part de réflexion et d’attention dont il avait eu besoin jusque là. L’écriture devient alors automatique.

On imagine donc aisément la situation où cette automatisation ne se fait pas ou que partiellement : l’acte reste coûteux à chaque fois qu’il est sollicité. Selon la disponibilité de l’enfant, l’heure, les efforts fournis jusque là, il va être capable ou non de produire un écrit de qualité. C’est pourquoi on note très régulièrement des variations dans les rendus finaux. 

Comment repère-t-on une dysgraphie ? 

La vitesse, le rapport à l’écriture, le dessin, les variations de qualité sont des éléments qui peuvent indiquer qu’il y a des difficultés. L’enfant se plaint parfois de douleurs. On peut aussi repérer une grande fatigabilité et des décrochages attentionnels pendant le temps d’écriture. Les enfants qui ne sont pas à l’aise avec l’écriture ressentent souvent un manque d’estime d’eux mêmes à ce niveau. Il ne s’agit pas d’une mauvaise volonté mais d’un constat : « je ne suis pas à la hauteur de ce que j’attends ou des autres lorsque j’écris ».

Un bilan psychomoteur permet le repérage des difficultés d’écriture ainsi que les éléments qui y sont associés. Un diagnostic de dysgraphie peut être posé à partir de la fin du premier trimestre de CE1 pour une scolarité continue. Avant, on pourra éventuellement parler de « trouble grapho-moteur ». 

Quelle évolution ? 

Une rééducation de l’écriture est tout à fait possible. Celle-ci doit cibler des objectifs précis, clairs, choisi et investis par la famille et l’enfant concerné. Il sera important de travail en guidance verbale, avec des techniques telles que la NTT, privilégiant un travail d’observation, d’écoute, de verbalisation, de retours et planification des productions. L’enfant doit être actif, motivé. Le travail devra donc être encourageant et l’enfant se sentir progresser pour qu’il ait envie de poursuivre. Le travail en groupe est très pertinent pour ce type de prise en charge.

Selon les compétences, l’âge de l’enfant, les objectifs fixés, il est possible que la rééducation permette une certaine autonomie mais que la mise en place d’un outil informatique soit nécessaire afin qu’il atteigne une réelle autonomie en classe pour la transmission de ses connaissances scolaires. Ce travail avec l’outil informatique, son apprentissage notamment, se fait avec un ergothérapeute. Un bilan en ergothérapie sera alors indiqué pour évaluer la pertinence de l’utilisation de l’outil informatique en fonction du profil de l’enfant. 

A ne pas faire ! 

1. Les lignes d’écriture pour les punitions sont à proscrire pour deux raisons :

→ Ecrire ne doit pas être une punition. Surtout pour un enfant qui a des difficultés pour écrire. N’allez surtout pas penser que faire écrire à l’enfant des lignes lui permettra de s’améliorer dans ce domaine… Cela ne fera qu’accroître son rapport négatif à l’écriture. Le travail sera plutôt d’essayer de rendre l’écriture attrayante, pertinente, utile (rappelons-nous de l’importance de la motivation dans l’apprentissage et le processus de neuro-plasticité). 

→ Un enfant qui a des difficultés d’écriture aura alors une double-punition : la punition elle-même : d’avoir été grondé, repris et d’avoir une punition (par exemple : écrire « je ne dois pas couper la parole ») mais il aura aussi la punition d’écrire : acte qu’il ne maîtrise pas, qui est très coûteux pour lui. Soit : Punition + mise en difficulté. La réalisation de cette punition sera donc particulièrement lourde pour l’enfant. Probablement trop et il risque grandement de se retrouver en échec

2. Tout reprendre d’un coup.

Il est tentant parfois de tout effacer et de demander à l’enfant de tout refaire. Cela peut concerner les devoirs, ou bien même le travail effectué en classe. Si l’enfant a des difficultés d’écriture, sachez qu’il a déjà eu sa journée de classe et qu’il n’a pas besoin ou plutôt les capacités de la revivre le soir ou le weekend. Ce qui est fait à l’école, reste à l’école. A la maison, c’est tout autre. Pour les devoirs par exemple, au lieu d’attendre que tout soit parfait, ciblez. Choisissez une chose à améliorer avec votre enfant. Par exemple : 

« Est-ce que tu es satisfait de comment tu as écrit le mot ? 

-… 

– Quelle est la lettre que tu pourrais améliorer ?

– Pourquoi ? Qu’est-ce qu’elle a cette lettre ? 

… 

– Ok, alors pour le prochain, on fait attention à ce que cette lettre s’arrête bien sur la ligne. C’est parti ! »

Vous ciblerez alors : LE POINT A AMELIORER. Et l’enfant aura plus de chances de penser à ce point précisément et à se retrouver en réussite. 

3. Gommer = échec…

Gardez les échecs ! Vous pourrez alors comparer et montrer à l’enfant comme il s’est amélioré. Ce qu’il avait fait avant a de la valeur. On apprend de ses erreurs, c’est elles qui nous font évoluer. Gardons-les, comme un tableau de chasse !

Doit-on écrire à tout prix ? 

Ecrire c’est transmettre une information. C’est tout. Alors peut-on transmettre une information en écrivant seulement ? Je pense que vous voyez où je veux en venir… l’important n’est pas d’écrire, mais de pouvoir transmettre son savoir, ses questions… Savoir écrire facilite la vie : pour prendre des notes, faire une liste de courses, écrire un post-it, remplir un chèque. Pour le reste, je tape sur un ordinateur pour vous transmettre quelques petites informations. Alors je dirais que l’idéal serait d’atteindre une forme d’autonomie pour ces petites choses que sont les notes courtes. Pour le reste, pourquoi ne pas favoriser d’autres moyens ? 

Quels autres moyens ? 

L’oral

Le dictaphone

L’ordinateur 

La souris scan 

Les photocopies

Les textes à trous

Lise JOFFRES, Psychomotricienne

D’autres idées sur: Instagram: @boiteapsychomot 🙂