A table, il/elle parle tout le temps!

A taaaable ! Tout le monde s’assoit et le concert commence. Les pâtes prient pour être mangées rapidement et ne plus entendre le capharnaüm qui se lance. 

Et oui, à table, tout le monde a envie de parler, de raconter sa journée, une anecdote marrante, une note, une aventure… et pourtant rapidement, sans s’en rendre compte, l’un prend la parole pendant que les autres essaient puis arrêtent d’essayer, se taisent et attendent. Et parfois encore, n’essaient plus, avec le temps. 

Une demande très régulière : Comment faire pour qu’il/elle ne monopolise pas la parole à table ?

D’abord, pourquoi le fait-il ? 

  1. Le point fort : parler est un domaine dans lequel ils sont performants et donc apprécient de le faire. Ils montrent ainsi leurs compétences, peuvent éviter certains sujets et mener à d’autres… 
  2. La gestion émotionnelle : c’est une manière de décharger les émotions ressenties au cours de la journée ou des activités précédents le temps de repas. Une façon de les gérer en les verbalisant ou en verbalisant tout autre chose. La parole expulse les tensions en quelques sortes. Elle est en lien avec l’impulsivité notamment.
  3. L’impulsivité: très présente chez les enfants avec trouble de l’attention, on parle ici d’impulsivité cognitive. L’enfant fait de nombreux liens avec ce qui est dit ou ce qu’il dit lui même et passe d’un sujet à l’autre, parfois avec sa propre logique (que nous n’arrivons pas toujours à suivre d’ailleurs…!) et il ne se rend pas compte qu’il monopolise la parole. Elle est très lien avec le notion de temps et les habiletés sociales. 
  4. Les habiletés sociales : l’enfant a du mal à prendre en compte les indices sociaux des autres membres de la famille : intérêt ou non pour le sujet abordé, volonté d’intervenir, regard, posture, communication non verbale. 
  5. La notion de temps : pour certains enfants la notion de temps est très complexe et pas claire du tout. Ils ne se rendent pas du tout compte qu’ils monopolisent la conversation et ne voient pas ce temps passer. C’est souvent le cas des jeunes enfants et des profils avec trouble de l’attention ou troubles du spectre de l’autisme. 

Ces différents éléments sont retrouvés de manière plus ou moins marquée chez tous les enfants en fonction de leur âge. Cependant au fil de leur développement, ils vont apprendre à maîtriser chaque éléments et ajuster leurs discours et leur manière d’échanger. Lorsque des troubles du neuro-développement sont présents, l’évolution peut être plus complexe à ce niveau et notamment pour les enfants avec un profil de TDA/H, TSA parfois TDC. On relève parfois aussi des difficultés associées au HPI (Haut Potentiel Intellectuel). 

Quelques pistes : 

La parole est importante et le but est donc bien de la partager et non de l’annuler mais je ne vous apprends rien à ce niveau. J’ai donc quelques outils à proposer, à vous de piocher dans ce qui vous semble le plus pertinent en fonction de votre enfant et de votre famille. 

  • La carte de la parole : vous pouvez créer avec votre enfant une petite « carte de la parole » avec deux faces : l’une qui dit « je parle » et l’autre « j’écoute ». A table, elle sera tournée d’un côté ou de l’autre devant l’enfant, en fonction de ce qu’il fait/peut faire. Vous pouvez donner à chaque membre de la famille sa propre carte ou ne la réserver qu’à un seul enfant si cela est plus pertinent et que l’enfant ne se sent pas stigmatisé. 

Présentez-le comme un outil d’aide et non pour le gronder/punir. Proposez l’outil et frabriquez-le avec lui. 

Enfin, pensez : réussite ! Donc commencez par lui donner un temps de parole très légèrement au-dessous de celui qu’il a l’habitude d’avoir, puis diminuez très progressivement. Car s’il réussit, il aura envie de poursuivre le défi. 

  • Le débat présidentiel :
  • 1. Lors d’un repas, chronométrez le temps de parole de chacun. 
  • 2. Rendez les résultats en fin de repas pour que l’enfant prenne conscience de la différence et ainsi rendre le notion de durée plus concrète pour lui. 
  • 3. Déterminer avec chaque enfant une durée qui lui semble juste de parole pour chacun. Adaptez-vous au profil de chacun : un des membres de la famille n’est peut-être pas bavard et il sera peut-être coûteux de parler autant qu’un autre. Quel est son souhait ? 

→ Chaque membre peut avoir un temps équivalent, mais ce n’est pas obligatoire. 

  1. Jouez-le un peu comme un débat politique et chronométrez les temps de paroles aux prochains repas avec les objectifs de temps déjà pré-déterminés.

Cette technique peut être temporaire mais fun, et surtout aider l’enfant à prendre conscience du partage de parole, de la nécessité d’écouter les autres.

  • La roue de la parole : réalisez une roue simple avec une attache parisienne, sur laquelle chaque membre de la famille apparaît. A table, faites tourner la roue pour donner la parole à l’un ou à l’autre. Veillez à ce que chacun l’ai à un moment ou à un autre. Cette roue peut là aussi être réalisée avec l’enfant qui a tendance à parler trop/pas assez pour l’investir dans la démarche et créer de l’échange autour de ce point.

  • Le classique bâton de la parole peut aussi être une piste : celui qui parle a le bâton de la parole et ceux qui ne l’ont pas l’écoutent. On transmet ensuite le bâton au suivant.

Vous pouvez utiliser l’un ou l’autre, les combiner à votre guise. Pensez à mettre du défi, du fun mais surtout de l’atteignable ! Commencez petit, et augmentez progressivement la difficulté. 

A vous de jouer ! 

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