Bilan Psychomoteur,  Développement psychomoteur

La Motricité dans le Trouble du Spectre de l’Autisme

Pourquoi aller voir un psychomotricien lorsqu’il y a une suspicion ou un questionnement autour de la présence d’un TSA ? 

Le bilan psychomoteur ne vient pas révéler des symptômes du TSA en lui-même. Cliniquement, certains seront repérés, mais les tests réalisés viseront surtout à mettre en valeur trois domaines :

  • Les aspects cognitifs : attention, mémoire de travail, flexibilité mentale, planification, résolution de problèmes, inhibition.
  • Les aspects moteurs : motricité fine, globale, écriture, tonus. 
  • Les aspects sensoriels : particularités sensorielles. 

Le bilan vient préciser le profil de l’enfant, ses points forts et les points à améliorer et ainsi étayer le regard pluridisciplinaire qu’implique le diagnostic de TSA. 

Cet article s’axe sur les aspects moteurs principalement. Il vient mettre en valeur les différents profils moteurs le plus souvent retrouvés dans le TSA mais n’est pas systématique bien entendu. 

Les personnes autistes présentent un tableau moteur particulier que l’on peut observer très précocement. Les éléments moteurs pourraient même être des signes repérés avant les difficultés de communication qui sont parfois les premiers alertants. 

Quelques éléments retrouvés dans la motricité des personnes autistes : 

Dans la petite enfance, on observe des nourrissons moins mobiles, avec une moindre diversification mouvements. On repère aussi la persistance de certain réflexes archaïques (réflexes présents chez le nourrissons qui disparaissent progressivement). 

Le tonus 

Il s’agit des contractions/relâchements de groupes musculaires nous permettant de nous mouvoir, de maintenir une posture, un équilibre. Il est donc la base de la motricité en quelques sortes. 

Chez l’enfant autiste, on retrouve souvent un recrutement tonique particulier impliquant une hypotonie axiale (de l’axe, disons du buste qui serait un peu « mou ») et une hypertonie des membres (bras, jambes seraient plus raides). 

La posture

Elle est teintée par ces difficultés toniques et les particularités sensorielles (système vestibulaire, proprioceptif, tactile et visuelle).

La latéralité

C’est le développement d’une dominance d’un côté ou de l’autre du corps pour les organes pairs. Nous devenons gaucher ou droitier en utilisant et en perfectionnant la précision de nos gestes avec un côté de notre corps. 

Chez l’enfant autiste, la mise en place de cette dominance prend plus de temps, est moins marquée, moins affirmée et parfois même difficile à identifier. 

La motricité fine

On note des différences plus marquées à ce niveau en fonction des profils d’enfants. Cependant, les mouvements fins sont complexes et coûteux. Ils impliquent une certaine coordination entre les deux mains mais aussi dans l’organisation du geste : ordre, espace. La mise en lien de ces éléments est coûteuse et complexe pour les enfants autistes. De plus, le facteur sensoriel intervient à ce niveau. Selon le traitement sensoriel de l’enfant (voir article sur les particularités sensorielles) en ce qui concerne le sens tactile, proprioceptif notamment, les compétences fines vont être teintées.

On repère de plus un manque de force dans la prise et le maintien. 

La marche

Les pieds sont plus éloignés l’un de l’autre et les pas plus courts. Il se pourrait que ces éléments soient un mode de compensation pour maintenir l’équilibre. La marche nécessite un certain tonus postural ainsi que la coordination d’articulations telles que le bassin, les membres inférieurs. Les membres supérieurs dessinent en général un ballant coordonné qui se retrouve asymétrique chez la personne autiste.  La marche nécessite la prise en compte de l’environnement et de ses défis : surfaces texturées, obstacles, directions. La mise en lien de tous ces éléments est parfois coûteuse mais surtout lente. Elle implique aussi des enjeux sensoriels plus ou moins bien traités par les personnes autistes. 

La motricité globale

Elle est influencée par les éléments précédents : tonus, posture, particularités sensorielle. Il arrive fréquemment que les profils évoquent un TDC (=Trouble du Développement des Coordinations, anciennement dyspraxie) avec une lenteur, une certaine maladresse. 

Les habiletés motrices 

Elles correspondent à des mouvements permettant d’atteindre un but avec efficacité. Celles-ci sont perturbées chez la personnes autiste de par les difficultés de mise en lien entre la vitesse et la précision du geste. Les coordinations sont généralement lentes, l’apprentissage et l’automatisation coûteux.

L‘imitation, une piste de développement des compétences motrices et relationelles. 

C’est un domaine complexe qui mêle motricité et interactions. Elle est souvent complexe pour la personne autiste et cela peut-être dû à la combinaison des deux domaines cités précédemment. Si la motricité est complexe, la communication l’est aussi. C’est pourquoi il est intéressant d’inverser les tendances. Plutôt que chercher à ce que l’enfant imite l’adulte, il est possible de créer l’inverse : imiter l’enfant pour créer un « espace transitionnel », de rencontre et ainsi attirer sa curiosité, son attention. Peu à peu, à cette imitation « plaquée » peut s’ajouter un nouveau mouvement simple, répété plusieurs fois, et laisser l’espace à la reprise par l’enfant. Il arrive que la reprise du mouvement par l’enfant soit plus lointain, voire décalé dans le temps : quelques minutes, heures voire jours plus tard. On remarque cela dans les écholalies (répétition de mots) parfois. Cela peut se retrouver dans les postures aussi, en adoptant la même posture que l’enfant, son rythme. 

(Pour aller plus loin, vous pouvez lire des articles concernant la synchronie motrice.)

Enfin, au niveau moteur, sont repérées cliniquement les stéréotypies motrices. Elles correspondent à des mouvements répétitifs. Le but de ces mouvements n’est pas encore bien défini. Il pourrait être en lien avec des aspects, sensoriels, émotionnels. Les stéréotypies motrices apparaissent dans le développement moteur classique puis disparaissent. Ici, elles persistent. Elles ne sont pas toujours gênantes et leur suppression n’est donc pas forcément nécessaire. 

dav

Sources : 

  • Autisme et psychomotricité, Collectif (Auteur) Julien Perrin (Coordination éditoriale) Thierry Maffre Cindy Le Menn Tripi
  • Motricité et préférence manuelle chez les enfants avec troubles du spectre de l’autisme, Françoise Morange-Majoux, Jean-Louis Adrien 
  • Le Fonctionnement moteur dans le cas d’autisme, Sally Rogers, Loisa Benetto 
  • Aider son enfant autiste, Delphine De Hemptinne, Nathalie Fallourd, Emmanuel Madieu
  • L’intervention précoce pour enfants autistes, Laurent Mottron.

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