Il s’ennuie, comment l’occuper ? 

Le plus grand drame de la vie d’un enfant : l’ennui.

Je me rappelle étant petite, ma sœur s’occupait très bien toute seule à faire des chaussons en papiers pendant que moi, j’errai dans le couloir, me frottant au mur en lançant des « je m’ennuiiiiiiiiiiiiiiiiiie » réguliers pour que tout le monde sache la détresse de mon état. En général, rien ne se passait jusqu’à ce que je finisse par trouver une occupation. Parfois ma mère me lançait quelques idées mais ça ne m’aidait pas tellement. En réalité d’ailleurs, la plupart du temps, c’était une technique (très inefficace d’ailleurs) pour qu’elle me laisse allumer la télé… 

Bref, passons… après ce flashback sur mes traumatismes d’enfance, parlons concrètement. 

Tout d’abord, devons-nous avoir peur de l’ennui ? 

Comme mentionné dans l’article « Travailler VS Jouer », l’ennui peut-être riche. Il est ce temps où le cerveau se met en « mode par défaut » et durant lequel l’enfant n’a pas d’exigence. Et on peut dire qu’il en a souvent des exigences/attentes, tout le temps même. Dès le matin, il faut se lever, prendre le petit dej’, se brosser les dents pendant 3 minutes, ne pas être en retard… et cela continue en classe. Dans la cours de récréation, il trouve un peu de liberté lorsque ses copains le lui en laisse. S’il fait parti des « suiveurs », il se retrouve là encore à suivre les règles et propositions de ses camarades. Alors les temps libres, pleinement libres, se font rares dans le quotidien. De plus en plus rares. Parfois même, on pense à leur place : « mets ton manteau, j’ai froid ! » (Spéciale dédicace à ma super maman ! ^^). Et cela, avec beaucoup d’amour, bien sûr. Finalement, ces temps calmes (pas au sens propre), ces temps sans attentes, sans demande, sont de réels espaces de détente, de créativité, d’imagination. Ils offrent des espaces que l’enfant ne retrouve finalement que rarement et qui, d’après les recherches, soutiennent la mémorisation, l’introspection et les émotions. Laissons donc nos petits « s’ennuyer » un peu pour travailler sans le savoir, à leur rythme. 

Ensuite, comment se fait-il qu’il s’ennuie alors qu’il a des tonnes de jeux ?

« Ah ce sapin, qu’il est beau !

  • Ce sapin ? Quel sapin ? Y a pas d’sapin !
  • Mais si, juste là, derrière la pile de 12 cadeaux, attends, je te fais la courte échelle, là, tu le vois ? »

Je crois qu’Atole a bien réussi sa pub. Ce n’est plus 3 paires de lunettes mais 72 que l’on retrouve sous le sapin chaque année on dirait ! Bref, trêve de plaisanteries ! En effet, les enfants ont de plus en plus de cadeaux pour les fêtes. Ils croulent sous les jouets en tout genre, auxquels s’associent parfois un écran ou deux, plus ou moins élaboré, plus ou moins éducatif. Il regarde un peu tout ça, joue à certains, parfois même à tous, puis s’en désintéresse. Il s’entend dire alors: « Quoi ?! Tu t’ennuies ? Mais tu as eu pleins de jeux à Noël, tu n’as même pas ouvert ta boîte de puzzle ! ». Ce flot de cadeaux est un flot de stimulations qui fait parfois naître de fortes émotions. L’enfant ne sait plus où donner de la tête. Cette stimulation est d’ailleurs peut-être un peu trop forte et difficile à gérer pour certains enfants. 

→ Que proposer ? 

Pour le jour J, l’une des clés est d’y aller progressivement. Pourquoi ne pas lui mettre à disposition les jeux petit à petit ? Ouvrir les cadeaux au fil de ce long et interminable repas plutôt que tout d’un coup ? Il en choisit un, l’ouvre, joue et passe ensuite au suivant, quelques minutes/heures après. On peut mettre un timer, une alarme. A chaque fois qu’elle sonne, il peut ouvrir un nouveau cadeau. Et même choisir un cadeau pour quelqu’un d’autre que cette personne pourra, elle aussi, ouvrir. 

Pour l’après : choisissez avec votre enfant un, deux, ou trois jeux qui resterons à disposition. Les autres seront rangés dans un placard, pas forcément accessible pour lui. Donnez-lui le temps de découvrir les jeux accessibles dans les temps où vous souhaitez qu’il joue seul. Si c’est trop difficile pour lui, passez du temps avec lui pour l’aider à découvrir le support, ses possibilités. Puis laissez-le poursuivre un peu seul. 

S’il s’en lasse : déterminez avec lui quel jeu ranger pour pouvoir en sortir de nouveau. Mais ne laissez pas tous les jeux à disposition continuellement. Cela créera une certaine nouveauté et donc un intérêt. 

Qu’en est-il des écrans ? 

Les écrans ont été fortement diabolisés ces derniers temps, à raison, et à tort. Le but ici n’est pas de faire un article sur les écrans mais de donner un petit aperçu de l’attitude à avoir. L’utilisation des écrans dépend de :

  • L’âge de l’enfant,
  • L’écran en lui même (tablette, télévision, ordinateur, téléphone),
  • Le contenu (jeu, vidéo, film, internet),
  • Si l’enfant est seul ou accompagné, 
  • Le temps passé dessus. 

L’écran en soi n’est pas une mauvaise chose mais il doit être considéré au même titre qu’un autre jeu. Il peut faire partie des possibilités d’occupation sans être systématiquement celui qui va être choisi. Et bien sûr, toutes les variables citées précédemment peuvent être pensées et réfléchies pour que l’utilisation de l’écran soit adaptée. En effet, on offrirait difficilement son premier scooter à un enfant de 4 ans. De la même manière, certaines utilisations d’écrans ne sont pas adaptées à ce même enfant. 

Un article sur les écrans est à venir. 

Jouer avec les frères et sœurs, inviter des copains

C’est une autre piste à explorer pour les temps de jeu. Elle est tout à fait envisageable dans la mesure où le parent est partant bien entendu. Les temps entre pairs sont souvent source d’apprentissage et de soutien des habiletés sociales. C’est d’ailleurs parfois l’occasion pour les plus inhibés d’aller vers les autres dans un cadre plus sécurisant que l’école et le donc le groupe. Ce temps de partage peut alors être une porte d’entrée à la socialisation progressive de l’enfant inhibé. 

En ce qui concerne les frères et sœurs, l’enfant apprendra aussi qu’il y a des moments où l’autre (son frère ou sa sœur) a besoin de son espace propre et personnel et qu’il doit alors respecter ce temps et cet espace. 

Doit-on jouer avec lui constamment ?

Chercher à l’occuper quand il ne trouve pas quoi faire seul ? Vous vous en doutez, la réponse est bien sûr non. Comme dit précédemment, l’ennui peut-être bénéfique. C’est d’ailleurs l’un des pièges des écrans : il saturent l’espace visuel et sonore, ne laissant que peu d’espace à l’élaboration cognitive, et c’est pour cela que nous nous retrouvons rapidement à « scroller » pendant des heures sur les réseaux sociaux sans nous en rendre compte. 

-> Alors comment faire ? 

  1. Prenez un temps avec votre enfant, pour faire la liste des jeux qu’il a, et auxquels il peut jouer seul.
  2. Ajoutez-y ses passions (dessins, musique, vélo…)
  3. Vous pouvez aussi y ajouter des durées approximatives (certaines parties de jeu de société, jeux vidéo…) 
  4. Placez cette liste bien en vue et gardez la possibilité d’ajouter progressivement des choses au cas où vous en auriez oublié. 
  5. Lorsque votre enfant s’ennuie, ou que vous attendez de lui qu’il s’occupe de manière autonome, proposez-lui d’aller choisir son activité dans sa liste. 

→ Ce sera plus facile pour lui d’avoir la liste sous les yeux plutôt que de sortir tous ses jouets.

→ S’il a réalisé la liste avec vous, il investira d’autant mieux cet outil. 

→ Si vous déterminez une durée de jeu, ce sera plus facile pour lui de se lancer dans une activité. 

→ Vous pouvez aussi lui proposer de le rejoindre au bout d’un certain temps pour partager un bout de jeu avec lui. 

→ Veillez à le féliciter, l’encourager s’il réussit. 

-> S’il n’a pas du tout l’habitude de jouer seul 

  • Vous pouvez utiliser la piste donnée ci-dessus mais en adaptant le temps de jeu. Au départ, il pourra être très court : une ou deux minutes. Et, petit à petit, allongez ce temps. Pour que ce soit bien clair pour votre enfant, utiliser un sablier ou un timer. Sinon, il risque de venir vous solliciter régulièrement afin de savoir si le temps est bientôt terminé.
  • Au départ, on félicite la tentative puis la réussite. Plus le temps prévu au départ est court, plus l’enfant réussira. Plus il réussira, plus il aura envie de ré-essayer. 
  • Privilégiez des activités avec un début et une fin qui marqueront aussi l’achèvement de la tâche (coloriage, construction sur modèle, vidéo…). 

Mettre un objectif

Parfois, le lancement dans une activité dépend de l’intérêt de celle-ci. S’il y a un objectif à atteindre, l’enfant se lancera peut-être plus facilement dans la tâche. Ex : réaliser une carte de Noël pour un ami, préparer les invitations d’anniversaire, faire des décorations de pour la maison pour Pâques. 

Passer du temps avec votre enfant

L’objectif de cet article n’est pas de laisser votre enfant jouer seul à tout prix. Le temps passé avec vous est trop précieux pour lui et pour vous bien sûr. Il s’agit de trouver un juste milieu, celui qui vous convienne, qui lui convient. Jouer avec votre enfant est l’occasion de partager des moments riches de partages, d’apprentissages aussi. Ce sont des temps qui nourrissent la relation, la confiance, la notion de sécurité. 

Que faire pendant les temps d’attente ?

L’attente, le pire ennemi des enfants… et des parents ! Et pas seulement à cause des enfants. Rien de pire que d’être coincé dans un bouchon sans pouvoir réellement utiliser ce temps à bon escient. Attendre c’est difficile, pour tous. Facile de comprendre alors, qu’avec leur âge, la gestion émotionnelle liée à l’attente est complexe. Quelques pistes pour rendre cette attente moins « longue » : 

  • Préparez le « sac de l’attente » ou donnez-lui un autre nom plus fun… dans lequel vous mettrez des stylos/feutres très spéciaux (brillants, orginaux.. (vous en trouverez chez flying tiger, hema, cultura par exemple)). Placez-y des coloriages, des jeux de labyrinthes ou ce types de jeux. Pourquoi pas quelques figurines, livres.
  • Choisissez du matériel qui ne prend pas trop de place, qui n’est pas bruyant de préférence. 
  • Mais attention ! Ce matériel est UNIQUEMENT réservé aux temps d’attente. L’enfant n’y aura pas accès à d’autres moments. Ainsi, son contenu restera « nouveau » et assez exceptionnel pour avoir de l’intérêt sur le moment de l’attente. 
  • N’hésitez pas à partager ce moment d’attente avec lui : lisez-lui l’histoire, regardez-le dessiner/colorier et commentez. Son intérêt se portera plus facilement sur le vôtre. 
  • Proposez-lui des défis : le premier qui arrive au bout de son labyrinthe… ou chronométrez-le. Impliquez-vous. 

Vous pouvez aussi prévoir des petits jeu de sociétés de voyage que vous partagerez avec lui.

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