Travailler VS Jouer

« Quels jeux je pourrais lui acheter pour le stimuler ? »

Une question qui revient souvent. Et c’est une TRES BONNE question. Elle est en partie la raison de la création de ce site internet en fait. Répondre à cette question est toujours difficile. Si certains attendent que je leur donne des noms, des marques, des sites, il n’y a en fait pas de « jeu magique » qui résout tout…

Mais précisons un peu certaines choses : 

  • Eveiller = créer un intérêt, amener à découvrir quelque chose. C’est souvent ce que l’on cherche à offrir aux tout petits : des activités d’éveil. Pour eux, la vie entière est à découvrir et cela peut passer par des choses très simples comme des sons, des regards, du matériel de la vie de tous les jours : boîtes, bouchons… et surtout, des interactions.
  • Stimuler = chercher à provoquer une réaction. Si vous achetez un nouveau jeu à votre enfant. Il sera stimulé. Ne serait-ce que par la nouveauté du matériel. Il va découvrir la boîte, son contenant, faire tomber une ou deux pièces, chercher à comprendre comment il fonctionne et ainsi, apprendre. Par lui-même. Par curiosité. Et une fois l’effet « nouveauté » fini, que va-t-il se passer ? 
  • Apprendre = découvrir, comprendre et mémoriser un savoir. Avec ce nouveau jeu, il va découvrir de nouveaux gestes, peut-être les répéter et enfin les mémoriser. Il essaiera d’autres niveaux et diversifiera ainsi quelques peu ses connaissances ainsi. 
  • Rééduquer = entraîner à un mode de fonctionnement, une stratégie, un mouvement. Si une première stratégie ne fonctionne pas, il en cherchera peut-être une nouvelle pour atteindre son but. 

Alors oui, pas mal d’éléments se mettent en place lorsque l’enfant est face à un nouveau jeu, matériel dont il n’a pas l’habitude. C’est donc une bonne piste que de chercher à lui fournir ce matériel, cet espace de stimulations et de découvertes. Il offre la place à la curiosité, la nouveauté. 

Selon les stades de développement de l’enfant, le jeu prend différents sens. Il est source d’évolution et de développement moteur, intellectuel, affectif, émotionnel. Et il le restera longtemps. Le jeu est primordial pour l’évolution de l’enfant. C’est d’ailleurs pour cela que de nombreux thérapeutes et rééducateurs l’utilisent au sein de leurs séances. On parle de « médiations ». 

Différents types de jeux :

Le jeu peut prendre plusieurs formes : 

  • Le jeu d’apprentissage libre : pendant lequel l’enfant pourra développer sa propre créativité, suivre ses envies, découvrir par essai/erreur. Il est source de plaisir, de relâchement, de repos, de décharge émotionnelle, d’expériences motrices et intellectuelles. Il est essentiel au développement sensori-moteur notamment. La présence du parent n’est pas toujours nécessaire (à part pour des raisons de sécurité). Si le parent est là, il est bon qu’il se place en partenaire de jeu, se laissant guider par l’enfant, accueillant ses propositions, commentant de manière neutres ses réalisations. C’est un moment sans exigence particulière. Simplement un moment de partage. Si vous voulez aller plus loin, renseignez-vous sur le « moment spécial » du programme Barkley qui me semble très adapté pour tout type d’enfant et non seulement pour ceux présentant un TDA/H. 
  • Le jeu d’apprentissage guidé : ici, l’utilisation du jeu a un but précis, souvent en lien avec des objectifs à atteindre. Cela peut-être l’amélioration de la formation d’une lettre, des compétences motrices (apprentissage du vélo), du soutien à la motricité. C’est souvent celui qui est utilisé dans les prises en charges. Il a une visée de rééducation, de thérapie. Il offre un espace d’expression mais n’est pas forcément choisi par l’enfant à la base ou pas entièrement. L’accompagnant va installer un cadre un peu différent de l’apprentissage libre :
  • → Rendre l’objectif à atteindre claire et précis. Un objectif atteignable, bien sûr. 
  • → Parfois changer les règles du jeu,
  • → Privilégier la verbalisation : observations du matériel, échanges sur les stratégies à utiliser ou qui ont été utilisées, adaptation du matériel, de la vitesse, des enjeux…
  • → Etre présent, dans l’échange et l’écoute de l’enfant. 
  • → Jouer lui aussi, et éventuellement parler de ses propres stratégies en veillant à ne pas souffler les réponses à l’enfant ou l’empêcher de trouver les siennes propres.

Cette petite classification m’est propre. Je l’ai créée simplement pour bien distinguer les deux manières de jouer que je présente aux parents. Elles sont différentes, n’ont pas le même but. Elles apprennent toutes deux des choses à l’enfant. 

Ainsi, pour répondre à la question « que puis-je acheter ? » je répondrais d’abord : « Quelle est votre intention ? ». 

Il me semble primordial de distinguer ces deux temps (jeu libre/jeu guidé) lorsque l’on utilise du matériel. Il n’est pas certain que votre enfant sache faire un joli « a » si vous lui faites passer le doigt sur un « a » granuleux une vingtaine de fois d’affilées ou sur une application. Il pourra découvrir cette forme, le sens du tracé, des textures. Mais c’est en verbalisant, en se « mouillant » dans un travail intellectuel qu’il viendra préparer son cerveau à un mouvement planifié. Sa mémorisation du geste sera d’autant meilleure ensuite.

Stimuler son enfant, soutenir ses compétences n’est pas seulement lui fournir le matériel stimulant. C’est aussi et surtout l’amener à faire cet effort cognitif

Quelle approche pour quel âge ? 

Attention, la partie précédente s’adresse ici plutôt à des enfants à partir de 6-7 ans minimum

Avant cet âge, l’approche est un peu différente. Nous serons plutôt dans l’éveil, la stimulation et l’apprentissage. 

  • Le bébé apprend énormément dans l’interaction. Ici, pas de différence avec la partie précédente.
  • Il apprend par imitation : à vous de vous « mouiller » en réalisant vous même l’action ou en reprenant celle qu’il vient de faire. Vous pouvez y ajouter votre petite touche (par ex : s’il fait rouler la balle, faites la rouler puis lancez-là). 
  • Répéter : proposez à l’enfant de réaliser le mouvement plusieurs fois. N’hésitez pas à avoir le matériel en double pour qu’il puisse le réaliser plus rapidement, plus souvent (sauf si l’objectif est de soutenir la notion de tour de rôles).
  • Si le geste est complexe, comprend plusieurs étapes : scinder-les. Rendez-les plus simples. Présentez-les, une à la fois, laissez-le vous imiter, puis ajouter l’étape suivante. Un peu comme lorsque l’on apprend une chorégraphie. 
  • N’hésitez pas à commenter vos actions, mettre le ton, réaliser des sons, pour accompagner vos gestes. 
  • Stimulez différents sens permet de soutenir l’apprentissage. N’hésitez pas à mêler sons, goûts, tact…
  • Prenez du plaisir. Si ce temps est positif, fun, l’enfant l’investira davantage et le mémorisera mieux. C’est une autre clé de la neuroplasticité cérébrale !

Ici encore, nous sommes dans un temps de jeu guidé. Le jeu libre reste essentiel, et les deux temps doivent donc être proposés à l’enfant. 

Mais s’il s’ennuie ? 

Ces temps où l’enfant « s’occupe seul » sont essentiels au développement de sa créativité et de son intelligence. Il ne faut pas toujours chercher à « combler le vide » car celui-ci peut-être une réelle source de potentiels à explorer si on lui laisse le temps de le remplir. On retrouve la notion de « mode par défaut » pour décrire ces temps où la personne est dans ses pensées. Cet état est étudié et serait porteur dans les domaine de « la mémoire, de l’introspection et des émotions ». Alors laissons-les vivre, explorer, exploiter ces temps par moment. 

Un autre article sur le thème « d’occuper son enfant » sera bientôt en ligne. 

Le coin lecture: 

  • 200 activités d’éveil, Céline Santini avec le Dr Isabelle Leddet
  • Accompagner l’éveil psychomoteur de bébé, Pascale Levy, Cyrielle Rault
  • 100 idées pour développer la psychomotricité des enfants, Aurélien d’Ignazio, Juliette Martin

Sources : 

  • Apprendre ! Stephane Daheane 
  • Programme de rééducation fonctionnelle psychomotrice des fonctions exécutives de l’enfant et de l’adolescent, Emmanuel Madieu et Charlotte Swiatek
  • Le développement sensori-moteur de l’enfant de la naissance à 3 ans, Laurent Vuilleumiler et col. 
  • Les tout petits face aux écrans, Dr Anne-Lise Ducanda
  • Un nouveau modèle du réseau cérébral du « mode par défaut »,  Michel Thiebaut de Schotten, 
  • An improved neuroanatomical model of the default-mode network reconciles previous neuroimaging and neuropathological findings, Alves PA, Foulon C, Karolis V, Bzdok D, Margulies DS, Volle E & Thiebaut de Schotten M 

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