Elle amène son chien en séance ?!
Vous les avez-vu ces orthos, éducs, psychomot’ et autres pro du paramédical se pavaner avec leurs chiens, chats et autres hérissons en séance ? Mais qu’est-ce qui leur prend à ceux-là ? Depuis quand l’animal a un rôle dans la prise en charge des enfants ?
Voici un p’tit bout de l’intérêt de la médiation animale et de la pratique de la zoothérapie en psychomotricité…
La relation
Qui, en se promenant dans la rue, n’a jamais dû rattraper son enfant qui se dirigeait vers « le chien ! » ? (à part ceux qui, bien trop tôt, sont déjà traumatisés par de mauvaises expériences…). Pour une bonne partie des patients, le tour est déjà joué. L’animal attire l’enfant… et inversement !
La zoothérapie permet l’établissement d’une relation thérapeutique singulière, personnalisée, un rendez-vous spécial, prévu entre trois êtres : le professionnel, l’enfant et l’animal. Cette relation est bien moins « confrontante » que la relation duelle classique voire le « trio impressionnant » : deux professionnels et l’enfant. Ainsi, de par cette triangulation, le contact va être plus doux, parfois plus rapide, mais aussi moins frontal que dans des thérapies plus « classiques ». La relation s’instaure autrement, plus douce, entremêlée de poils et de léchouilles à volonté…
La motricité, les coordinations dynamiques et statiques
On est d’accord sur le fait que le chien bouge, et aime le faire lorsqu’il est dans la fleur de l’âge. Parfois joueur, il recherche ce mouvement, cet engouement, ce défi moteur. Pas difficile alors, d’y embarquer les petits et les grands (en tout cas, côté chien !).
La zoothérapie soutient donc la mise en mouvement. Cela fait partie des recommandations de bonnes pratiques pour la prise en charge des enfants présentant un TDC (Trouble du développement des coordinations, anciennement appelé « dyspraxie »). « Le groupe d’experts recommande (…) de renforcer, dans les écoles, la promotion de l’activité physique pour tous afin de soutenir le développement des habiletés fondamentales chez les jeunes enfants et de favoriser le plaisir de bouger . », INSERM. En effet, les enfants dits « maladroits » ou encore les enfants présentant un TSA ne sont pas toujours performants en motricité globale. Laurent MOTTRON parle de « (…) propriétés dynamiques qui sont perçues de façon défectueuses» en ce qui concerne la perception du mouvement par les personnes autistes. C’est pourquoi il est tout naturel pour eux de s’en éloigner pour exploiter d’autres domaines parfois plus artistiques éventuellement. Cependant, moins ils réaliseront d’expériences motrices, moins ils développeront leurs compétences à ce niveau. Étant confrontés régulièrement aux activités physiques dans leur quotidien (sport à l’école, course dans la cour, monter les escaliers, ouvrir une bouteille d’eau…) cela entretient fortement l’impression d’incapacité et donc une estime de soi parfois négative. La mise en jeu de l’animal vient encourager, stimuler l’enfant vers une mobilité progressive. D’abord pour certains, en allant simplement à sa rencontre. Puis en l’accompagnant dans différents mouvements, lieux pour traverser des textures, obstacles plus ou moins défiants. L’enfant ne sera alors pas confronté uniquement à ses propres compétences comme c’est le cas en séance classique. Tous les « regards » ne seront pas fixés seulement sur lui. L’intérêt se portera sur l’enfant AVEC l’animal, tous deux, en mouvement.
La communication
Les acquisitions précoces (sourire réponse, imitation, pointage, théorie de l’esprit, langage verbal et non verbal…) en lien avec le langage sont essentielles pour le développement cognitif et psychomoteur. « La communication s’établit spontanément avec l’animal, c’est avec lui que l’on parle en priorité», José Sarica et Nassera Zaïd.
Plusieurs types de communication sont en jeu dans la relation à l’animal dans le cadre d’une approche en zoothérapie :
- La communication visuelle : le regard de l’animal, ce qu’il manifeste avec celui-ci : direction, expressions…
- La réception par l’enfant, sa réponse, avec ou sans étayage du thérapeute. « l’enfant va donner une signification et un sens au regard et aux mimiques du chien. », François Beiger. Et cette communication visuelle fait aussi écho aux prémices du langage : « C’est à partir de ces combinaisons visuelles que l’enfant peut organiser les langages et les gestuelles avec l’animal médiateur. Sourire, parole, caresse, mimique. ». On peut alors, aider l’enfant à y mettre des mots, stimuler la verbalisation.
- La communication des émotions : très en lien avec la régulation tonique, les émotions sont complexes à identifier pour les enfants et d’autant plus à verbaliser et à vivre, tout en les gérant. L’animal vient offrir à l’enfant un espace émotionnel nouveau et prend une place de « déclencheur » par la projection qu’il permet de faire. « Il devient le stimulus, le briseur de solitude, le miroir du patient… », François BEIGER. Finalement, l’animal peut offrir de nombreuses portes d’entrée à la communication qui seront parfois moins évidentes pour l’humain, mais plus adaptée pour un enfant avec une communication singulière : « Les modes de communication chez l’animal sont divers. Ils sont avant tout visuels, olfactifs, sonores et tactiles. » F BEIGER.
Le développement des fonctions cognitives
De manière générale, « l’animal anime le fonctionnement des apprentissages cognitifs ». L’attention de l’enfant est adressée par son regard, son intérêt à l’animal qui le fait aussi en retour. Il y a un échange : « (…) interagir avec un animal familier aide à rassembler son attention et à intégrer son expérience » Véronique Servais.
Cet échange permet une meilleure mémorisation de l’expérience vécue. La notion d’inhibition est elle aussi mise en jeu :« Il faut l’inciter par la confiance et non par la contrariété et la
violence. Ces règles relationnelles avec l’animal permettront à l’être humain de mieux se connaître,
de se dévoiler et de se contrôler plus facilement dans ses impulsions . » En effet l’animal amène une dynamique originale et singulière dans laquelle l’enfant doit s’inscrire s’il veut créer une relation avec l’animal. Le point fort est que l’animal n’est pas rancunier, qu’il laisse plusieurs « chances » et tentatives à son interlocuteur pour transmettre et recevoir des informations.
Les particularités sensorielles
Les particularités sensorielles : on parle d’hyporéactivité ou d’hyperréactivité. En fonction des profils vont découler des comportements de « recherche » ou « d’évitement ». Elles sont à prendre en compte dans le choix et la mise en place ou non de la zoothérapie en séance. Un article est à lire ici sur le sujet.
La zoothérapie permet d’aborder de nombreux domaines sensoriels (vue, tact, ouïe, olfaction, kinesthésie et proprioception). Par la mise en jeu corporelle, l’observation, le contact physique, l’enfant pourra se centrer sur ses ressentis face aux sens travaillés. Il apprendra à ajuster sa posture, son dialogue tonique à ce que lui renvoie l’animal. Il dépassera parfois sa peur de toucher, de sentir, soutenu par cet être bienveillant, doux, qui attend sa caresse.
Le tonus
Le tonus correspond à l’état de tension des muscles durant une action ou au repos.
Le dialogue tonique correspond à l’accordage (imitation ou complémentarité) des états toniques entre deux personnes au cours d’une relation, d’un contact direct ou indirect. « Il importe alors de permettre au patient d’accéder à des comportements de substitutions et des ajustements toniques, en utilisant le contact aux animaux », F Beiger.
Le chien s’adapte à son partenaire. Il sait être rassurant quand l’autre est triste. Protecteur face à la peur ou au danger. Prêt à jouer pour répondre à la complicité de celui qui le sollicite…
Il s’adapte aussi au caractère : une personne âgée en maison de retraite, un nourrisson, un enfant, un adulte. Il ressent la fragilité ou la force de l’autre et sait réagir en fonction. Par son placement vis-à-vis de l’autre, corporellement, l’animal s’ajuste : il se rapproche et lèche le maître, se love contre lui, s’en écarte face à une émotion négative… Ce n’est pas simplement parce que l’animal voit son maître, c’est aussi parce qu’il le sent dans son état de tension. Une caresse crispée, une gorge nouée…« Le chien peut aussi diversifier ses comportements et ses actions tout en tenant compte des problématiques de la personne avec qui il travaille en médiation. Il peut rester très souple par rapport aux événements. »
Ainsi, l’échange entre l’enfant et l’animal permet un travail autour du tonus, dans l’écoute du corps de l’autre, le travail de communication par le toucher. L’enfant peut amener le chien à se calmer, et inversement.
La nouveauté
Un dernier petit point concerne le renouveau. La présence de l’animal amène un autre souffle, une direction inédite aux accompagnements. Forte source de motivation, l’enfant vient en séance avec des attentes particulières quand il ne venait qu’avec une certaine « passivité » jusque là. L’approche « top down » évite aussi ce genre de biais. Nous sommes ici dans une approche plutôt « bottom up » mais qui reste toute aussi pertinente pour l’accompagnement.
Voilà un petit aperçu des points forts de la présence animale, et plus précisément du chien, en séance de psychomotricité. Beaucoup d’autres éléments pourraient être relevés et ce sera probablement le cas des de futurs articles.
Le coin lecture :
François Beiger et Aurélie Jean, Autisme et zoothérapie : communication et apprentissages par la médiation animale,
F Beiger, L’enfant et la médiation animale
L. Mottron, L’autisme, une autre intelligence
Véronique Servais, « Une communication intime et subtile » dans Daniel Marcelli et Anne Lanchon (eds.), L’enfantet l’animal : une relation pleine de ressources.
INSERM (ed.), « Synthèse de l’expertise collective “Trouble développemental de coordination ou dyspraxie” ».
José Sarica et Nassera Zaïd, Zoothérapie : le pouvoir thérapeutique des animaux