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La conquête de l’espace

Des petits éléments sur la marche…

La conquête d’un nouveau monde. Prendre de la hauteur. Prendre des risques. Lâcher le sol et son confort, sa protection et partir à l’aventure. Ce sol qui l’a longtemps porté, de tout son long, puis un peu moins, juste au niveau du bassin, le soutient maintenant uniquement par les pieds. Un petit funambule prend son envol. 

Marcher, c’est l’accomplissement d’étapes, de pré-requis que l’enfant a atteint progressivement, à son rythme. En commençant par relever sa tête, se tourner, se retourner, s’assoir, se lever… S’il fait cela, c’est par intérêt pour son environnement, par recherche d’interactions, d’expériences que l’on appelle notamment « sensori-motrices » (André Bullinger). Ce fascinant ballet est connu de tous les nourrissons et ce, sans apprentissage et répétition tous les mercredis après-midi… c’est inné et soutenu par l’environnement. 

Marcher, c’est accepter de perdre du soutien et de le trouver ailleurs. De le trouver en soi. Rien de très étrange là-dedans. On parle en fait d’axe, de musculature, de tonus, d’équilibre. 

La marche est un nouvel équilibre. Elle passe de la station debout, au basculement léger d’une jambe, un transfert de poids libérant alors la mobilité et l’avancée du membre inférieur. Un nouveau risque de perdre du soutien se met en place : je décolle mon pied du sol. Un seul se retrouve alors au sol pendant une toute petite seconde. Et petit à petit, l’autre jambe prend le relais. 

Le rôle des pieds : Au bout du corps, on ne les voit pas toujours, enfermés dans leur chaussettes et pourtant, c’est une mine d’or ! 

Ils renseignent le cerveau sur :

  • Des éléments sensoriels, ils sont « une interface entre le corps et la configuration du relief » (Laurent Vuilleumier et co.)
  • La découverte de la notion de verticalité 
  • Le poids de l’enfant, de ce qu’il porte.
  • La gestion de l’équilibre via un régulation constante des points d’appuis face à la gravité. 

Au début de la marche, le pied se pose à plat, les orteils se déroulent sur le sol. La voûte plantaire se construit grâce à ses expérimentations et est favorisée par le contact direct du pied au sol. C’est pour cela que les professionnels l’encourage entre autres. 

Au départ la marche correspond à un ensemble de déséquilibres qui se rétablissent. Petit à petit, l’enfant développe sa connaissance et sa prise de conscience des informations liés à ce déplacement. Au-delà des pieds, le bassin a une place primordiale dans la marche. Sa mobilité s’est développée grâce aux acquisitions motrices précédentes (retournement, assise, position debout…). Il fait le lien entre le haut et le bas du corps. 

Le corps entier s’ajuste au déplacement et le balancement des bras apparaît progressivement. Ils prennent aussi leur rôle de protection en cas de chute ou de déséquilibres. 

Le point de vu du parent :

Un enfant qui marche est source de fierté. Il grandit. Il prend de l’assurance. Il est compétent. Mais il s’éloigne aussi. Il découvre de nouvelles aventures et se retrouve confronté à de nouveaux dangers. Des sentiments contradictoires animent alors l’esprit des parents dans ce précieux moment de la marche. Gardez-en tête que vous êtes le meilleur placé pour accompagner votre enfant. C’est vous qui le connaissez le mieux. Vous ne pouvez pas faire d’erreur en l’aimant. Des petits conseils peuvent vous aider à prendre des décisions dans un sens ou un autre. Mais le meilleur choix restera le vôtre

Est-ce que je tiens la main de mon enfant pour l’aider dans la marche ?

Cet acte de bienveillance et de sécurité vient en fait amenuiser le réflexe de protection de chute. En effet, l’enfant apprend à marcher sans l’aide de l’adulte. Comme dit précédemment, le développement sensori-moteur est un ballet que maîtrise les bébés naturellement. L’environnement soutient ce développement en offrant un espace sécure et quelques stimulations (mais pas trop). L’enfant développe ses compétences motrices, son corps lui-même mature (musculature, tonus) et son intelligence aussi bien entendue. Toutes ces évolutions sont liées et coordonnées. 

Ainsi, l’enfant apprendra naturellement à se protéger de ses chutes, par lui-même. Mais pour cela, il doit vivre des expériences le menant à développer cette compétences. Cela passe par de fréquents retours au sol lors des débuts de la position debout, même lorsque les premiers pas apparaissent. Quelques chutes aussi parfois… Mais lorsque l’adulte lui tient la main, l’enfant n’a pas besoin de réaliser cette expérience personnelle. C’est l’adulte qui le protège. Cependant, à terme, ce n’est pas le but souhaité. Il nous faut apprendre à prendre confiance en ce petit être qui avance à son rythme. Et, encore une fois, privilégier une protection dans l’espace (organisation de la pièce). 

Il met du temps à marcher… Est-ce que je dois le stimuler ? 

Bonne question. Oui… et Non. D’abord, chaque enfant a son rythme propre. Ne venons pas bousculer un enfant parce que sa sœur à marché à 9 mois. La fourchette d’âge donnée en général est entre 9 et 18 mois pour l’acquisition de la marche. Une très grande fourchette en fait. Et s’il marche à 19 ? On peut imaginer que tout va bien quand même ! Il est vrai que certains enfants vont développer la parole plus rapidement que la motricité et cela peut ne pas être gênant. Il y a tant de choses à apprendre. Laissons leur le temps et surtout : ne leur mettons pas la pression. L’enfant doit apprendre à marcher par lui-même et pour lui-même. 

Il y a quand même des petites choses que l’on peut imaginer pour leur offrir des occasions de « prendre le risque de marcher ». Attention, nous sommes dans une guidance et non une sur-stimulation.. 

Les petits conseils pour soutenir le développement de la marche : 

  • Sécurisez les pièces où votre enfant explore. La déco scandinave sera peut-être mise sur pause pendant un temps pour laisser place à une déco « safe and fun » pour bébé… 
  • Les vêtements : privilégier des vêtements amples mais pas trop grands pour que l’enfant ne chute pas en marchant sur une jambe de pantalon qui dépasse.
  • Privilégier les pieds nus s’il ne fait pas trop froid pour que les informations sensorielles tactiles soient plus fortes. Sinon on peut utiliser des chaussettes anti-dérapantes. 
  • Rendre accessible des soutiens : chaises, petits meubles permettront à l’enfant de prendre appui pour se lever mais aussi pour se déplacer.
  • Proposez des supports mobiles : grands objets à déplacer, chariots, chaises… gros ballon de gym (à maintenir pendant que l’enfant prend appui dessus). 
  • Créer de l’intérêt : placer des objets sur des meubles/chaises que votre enfant aura envie d’aller chercher. Il sera donc stimulé pour se mouvoir et se déplacer. 
  • N’oubliez pas que vous êtes la première source de stimulation de votre enfant. Il cherche de l’interaction, de l’échange. Les objets seront toujours moins intéressants que vous. 

Le coin lecture : 

Accompagner l’éveil psychomoteur de bébé, Pascale PAVY, Cyrielle RAULT

Un peu plus spécialisé (pour aller plus loin) : 

Le développement sensori-moteur de l’enfant de la naissance à 3 ans, Laurent VUILLEUMIER et col.

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