Quand on bouscule le quotidien…

Certains enfants ont du mal à gérer les imprévus de dernière minute. C’est bien dommage car ces imprévus sont parfois des « surprises », de temps chouettes que vous avez prévu de partager avec eux ou encore un vrai besoin pour la famille et la maison (comme une course par exemple). A vos yeux, c’est soit positif, soit indispensable, sinon, il n’y aurait pas d’imprévu. 

Pourquoi certains enfants ont du mal à gérer les imprévus ? 

Tous les enfants peuvent être concernés par cette difficulté. On pense très souvent aux enfants présentant un Trouble du Spectre de l’Autisme mais cela peut tout aussi bien concerner un enfant sans trouble, un enfant avec des particularités sensorielle, un profil TDAH, TDC, troubles anxieux… et les adultes aussi !!! 

Il y a plusieurs réponses à cette question. En voici quelques unes : 

  • La stabilité : Certains enfants ont besoin de connaître à l’avance leur planning pour s’y préparer. Ce planning est rassurant, c’est un repère dans le temps. Quelque chose de stable, qui se répète parfois, mais qu’ainsi, ils maîtrisent, contrôlent. N’avez-vous pas entendu à plusieurs reprises le fameux « c’est quand qu’on va chez mamie ? » X12 d’affilé ?! Si oui, vous voyez de quoi je parle ! Connaître la routine à l’avance permet de s’y préparer. C’est pour ça aussi que les enfants aiment qu’on leur raconte la même histoire plusieurs fois, qu’ils peuvent regarder le même film à plusieurs reprises. Ils contrôlent cette histoire, apprennent à gérer leurs émotions et ressentis en se confrontant à des choses connues.
  • Imprévu égal inconnu. On ne sait pas ce qui nous attend et on n’a pas eu le temps de s’y préparer. C’est comme si on vous disait en montant dans l’avion pour la Réunion que vous partiez en fait en Alaska (vos précieux bagages remplis de maillots déjà enregistrés bien entendu…). Si pour vous un changement de planning, un « crochet » ne fait pas de mal et rend service, pour votre enfant, le ressenti est tout autre.
  • Les particularités sensorielles : Celles-ci sont parfois responsables de ces difficultés à gérer les imprévus. En effet, les enfants vont se retrouver confrontés à des stimulations inquiétantes non seulement par leur côté inédit (s’il n’est jamais allé dans ce lieu auparavant) mais aussi parce qu’ils les connaissent et les évitent parfois. Je m’explique :
    • Un enfant qui est déjà allé dans le magasin en question le connaît. On peut donc imaginer que la phase « se préparer à aller dans ce lieu » sera plus simple, et ce n’est pas faux. C’est parfois en effet facilitant que l’enfant connaisse le lieu en question. Cependant, le revers de la médaille, c’est qu’en connaissant ce même lieu, il saura aussi quelles seront les stimulations sensorielles qu’il risque d’y rencontrer (lumières des néons, musique d’un magasin, bébé qui pleure, contacts tactiles non souhaités…). Selon son profil, s’il s’agit de stimulations envers lesquelles il a un comportement d’évitement, il risque de préférer rester chez lui
    • Un enfant qui ne connaît pas le lieu appréhendera ces mêmes stimulations ainsi que toutes celles qu’il pourrait théoriquement rencontrer et envers lesquelles il a des difficultés d’intégration. 
  • La fatigabilité : un enfant fatigué, avec ou sans particularités sensorielles pourra avoir des difficultés à gérer l’effet « surprise » de l’imprévu. Lorsque des particularités sensorielles sont présentent, il est possible que l’enfant soit arrivé à une certaine saturation sensorielle. Il souhaitera alors peut-être éviter de se confronter de nouveau à d’autres stimulations pour ce jour. 
  • L‘arrêt de la tâche en cours : parfois, l’enfant est en train de réaliser une tâche qui lui plaît et dans laquelle il est plongé. Il se retrouve « coupé » dans son activité et peut simplement avoir du mal à gérer sa frustration par rapport à cela. 
  • L’annulation de la tâche suivante. Il se peut que votre enfant et vous ayez prévu de réaliser une activité qui risque d’être annulée à cause de l’imprévu. Ou bien c’est peut-être ce que votre enfant pense. Il pourra alors manifester une certaine crainte ou colère s’il n’est pas rassuré à ce niveau.
  • La flexibilité mentale : c’est la capacité à passer d’une situation à une autre, d’une stratégie à une autre, de s’adapter. C’est une faculté complexe mais primordiale pour faire face aux imprévus justement. Selon l’âge des enfants, cette compétence est plus ou moins acquise et développée. En lien avec la cause précédente, votre enfant s’est peut-être préparé à cette activité qui allait avoir lieu et est prêt à en gérer les stimulations propres qui y seront associées. Cela lui a peut-être été coûteux. Avec l’imprévu, sa préparation n’est plus adaptée, et il n’aura peut-être pas assez de temps et de ressources pour se sentir capable d’affronter d’autres stimulations. 
  • L‘estime de soi. Selon la proposition que vous ferez à votre enfant, il est possible que celui-ci ne se sente tout simplement pas capable de réaliser l’activité liée à l’imprévu. Et parfois, il est plus simple de refuser l’action que d’exprimer la crainte qu’elle inspire.
  • L’activité elle-même. La nature de l’imprévu est peut-être ennuyeuse, en lien avec de mauvais souvenirs, une mauvaise expérience (sensorielle ou actée) et l’enfant ne souhaite pas y être confronté.

Alors comment faire ? 

Ne plus avoir d’imprévu. …bon d’accord, ce n’est pas possible. 

Je vous propose quelques outils à tester pour aider votre enfant à mieux gérer les imprévus pas à pas. Il n’en reste pas moins, que pendant un temps, il faudra essayer de diminuer au maximum les imprévus afin de les réintégrer progressivement. L’idée est d’essayer d’amener votre enfant à les apprivoiser.

Pour cela, vous aurez besoin : 

  • De temps
  • D’identifier où en est votre enfant 
  • De prévoir une évolution à étapes sur mesure et très progressives. 

C’est parti ! 

  1. Mettre en place un planning de la journée/semaine. 

Vous pouvez l’acheter, le fabriquer, le fabriquer avec votre enfant (cette option est de loin la meilleure pour ceux qui peuvent). 

Sur ce planning doivent apparaître : 

  • Les jours de la semaine.
  • Des espaces pour placer des images/dessins/mots pour les étapes importantes de la journée.

Vous pouvez le plastifier ou le glisser dans une pochette plastique pour le remplir avec un feutre véléda ou des feutres spéciaux pour fiches plastifiées. 

Comment l’utiliser : 

  • Placez ce planning quelque part dans la maison où il sera accessible pour une routine :
  • Chaque jour, prenez un temps pour échanger avec votre enfant sur ce qui l’attend pour la journée. Vous pouvez le faire le soir pour le lendemain ou le matin pour la journée en question. 
  • N’hésitez à prendre de l’avance pour échanger sur un temps à venir si vous savez que ce sera plus coûteux pour lui de vivre ce temps, afin qu’il puisse avoir le temps de s’y préparer (Par exemple, le dentiste mardi après-midi…). 
  1. Rendez le temps prévisible et sécurisant. Pour commencer, essayez de respecter ce planning sans imprévu. Ainsi, il deviendra un allier pour votre enfant, un repère sécurisant vers lequel se référer lorsqu’il ne sait plus ce qui l’attend.
  2. Ajoutez progressivement de l’imprévu (au bout de quelques semaines: 3 minimum). Pour cela, vous pouvez glisser sur le planning un symbole, une image ou un mot qui préviendra d’un imprévu.. ! Programmez-le sur un temps où votre enfant est disponible, pas trop fatigué et donc peu saturé sensoriellement. Par exemple, le matin. Cet imprévu devra être positif, court, et gérable pour votre enfant. Je m’explique : choisissez une activité qui plaise à votre enfant, qui ne contienne pas de trop fortes stimulations mais qui lui permettent d’apprécier cet imprévu. Par exemple : un jeu en famille, un dessert spécial, commandez à manger… Quelque chose qui ne l’envahisse pas trop, dont il peut « s’échapper » facilement si besoin, et surtout qui lui plaira. Partez toujours sur la réussite : cherchez quelque chose qui va forcément fonctionner. 
  3. Félicitez votre enfant d’avoir fait face à cet imprévu, même si cela vous a semblé facile pour lui. 
  4. Si besoin, donnez à l’avance la durée de l’imprévu. Cela pourrait être un soutien pour l’enfant. Utilisez un timer, un sablier… Et petit à petit…
  5. Augmentez le temps de l’imprévu. Si l’activité lui plaît, il aura peut-être déjà cherché à négocier pour que ce temps soit rallongé. 

Au départ, mettez seulement un imprévu par semaine. Vous pouvez varier la nature de l’imprévu au cours des semaines et sa durée progressivement. 

7. Ajoutez un second imprévu dans la semaine. Toujours fun et apprécié par votre enfant.

Pensez à rassurer votre enfant sur le fait que même si cette imprévu a lieu, l’activité suivante qui est prévue, sera tout de même réalisée et veillez à ce que cela soit fait.

8. Progressivement, ajoutez un imprévu moins apprécié en donnant toujours une durée. Pendant le temps de l’imprévu, veillez à échanger avec votre enfant, avoir des interactions avec lui peut l’aider à prendre du recul sur le moment qu’il traverse, mettre des mots sur ses ressentis.

Avant de réaliser cet imprévu, prenez bien le temps d’en parler avec votre enfant. Imaginez le lieu, les couleurs, les sons qu’il pourra y entendre. 

Si c’est un rendez-vous, l’idéal est de demander au professionnel si vous pouvez y aller une première fois, simplement pour visiter, repérer les lieux (c’est souvent rassurant pour votre enfant, mais pour vous aussi !) 

9. Félicitez-le grandement une fois l’imprévu traversé. 

Parallèlement, il est important de chercher à saisir quelles sont les difficultés sensorielles ou psychologiques que présentent votre enfant lorsqu’il est confronté à certaines situations. Vous pourrez ainsi l’aider à se préparer, le protéger/l’équiper pour qu’il subisse moins ces agressions. Je pense par exemple à un casque anti-bruit, les déplacements dans le caddie pour éviter les contacts impromptus, un jeu ou des défis pour diminuer l’impression d’attente… 

Cette technique nécessite un certain sacrifice de la part de la famille et du fonctionnement familial au départ. Les imprévus sont en fait prévus… Le but est de changer le regard de votre enfant sur ces temps pour l’aider à se confronter peu à peu à de vrais imprévus. 

Ce n’est pas une technique miracle. Elle est une piste à tester. Beaucoup d’éléments peuvent être en lien avec une difficulté de gestion des imprévus. Ici j’ai surtout intégré la sphère sensorielle et la notion de « rigidité » ou « statisme » que l’on observe chez certains profils. Or, il est possible que d’autres raisons poussent l’enfant à avoir du mal à affronter l’inconnu comme mentionné précédemment.

Le coin lecture : 

Favoriser l’attention par des stratégies sensorielles, Sonya Côté

Questions de perception sensorielle dans l’autisme et le syndrome d’asperger, Olga Bogdashina

Le TDAH chez l’enfant et l’adolescent, coordonné par Céline Clément.

Mon enfant apprivoise ses sens: Stratégies d’adaptation aux particularités sensorielles,  Myriam Chrétien-Vincent , Sylvie Tétreault, et al.

100 idées pour accompagner un enfant avec autisme, René Pry

Aider son enfant autiste, Delphine De Hemptine, Nathalie Fallourd, Emmanuel Madieu.