Les erreurs réussies
Les réussites des erreurs
De nos jours, l’erreur n’a pas la côte. Elle est synonyme d’échec, d’incompétence. Elle mène à la répétition, la reprise, la correction, le conflit. Le stylo rouge, le stylo vert. Le barrage. La saleté. Le travail mal tenu.
L’erreur c’est la tâche. Elle se montre du doigt. On la met en valeur, alors qu’on aimerait tant la cacher. Parfois on essaie. On la camoufle sous un drap, la jette à la poubelle avant que maman n’arrive. L’erreur, la honte. On la gronde, elle exaspère, fatigue. On ne la comprend pas toujours. Elle prend une place que l’on n’a jamais voulu lui donner. Fourbe, elle se glisse à un endroit en silence. On ne la voit pas. Et puis, elle éclate au grand jour, au bureau de l’instituteur. Sur une note. Sur un compte-rendu.
Une ôde à l’erreur
L’erreur. Un arrêt sur image. Une réflexion. Un changement. Un ajustement. Un regard nouveau. Comprendre. Un élan positif. Avancer. Se sentir capable de ré-essayer avec une clé que l’on n’avait pas avant. Retourner sur le passé et voir que l’on a évolué. Les erreurs, ce sont des marches. Il faut monter l’escalier pour arriver en haut. Et monter l’escalier, c’est normal. Chuter quand on apprend à marcher, c’est normal. L’erreur, c’est la preuve que l’on avance. Que l’on a essayé. L’erreur c’est l’action. On peut faire un plan tout détaillé, et se tromper. L’erreur c’est une des valeurs de l’humain.
L’erreur inscrite dans le fonctionnement humain
« Le cerveau n’apprend que s’il perçoit un décalage entre ce qu’il prédit et ce qu’il reçoit. » Robert Rescola et Allan Wagner. Ainsi, la différence entre ce que je produis et ce qui est attendu m’aide à faire évoluer ma réflexion, mes connaissances. Les erreurs sont gérées au niveau neuronale : « La plupart des réseaux de neurones, en dépit de leurs millions d’entrées, de sorties et de paramètres ajustables, ne fonctionnent pas autrement. Ils observent leurs erreurs, et s’en servent pour ajuster leur état interne dans la direction qui leur paraît le mieux à même de faire diminuer cette erreur. » Apprendre !, Stanislas Dehaene
Voir la réussite dans l’erreur
Tout le travail est de changer le regard sur l’erreur. Si elle est une aide, un tremplin, pourquoi ne pas la mettre en valeur à sa juste hauteur ? On peut barrer une erreur, on peut l’entourer. On ne l’efface pas. Elle est là pour nous rappeler que nous progressons. On peut faire l’historique de celle-ci. « Apprendre, c’est découvrir une hiérarchie d’indices appropriés au problème posé ». Apprendre !, Stanilas Dehaene.
Dans le quotidien
En effet, demander à l’enfant d’effacer son erreur est possible avec un crayon, mais ne l’est pas dans la vie. Apprenons-lui à l’accepter et surtout, à trouver une solution pour changer quelque chose. Aller de l’avant. Avec ses progrès, n’hésitons pas à la féliciter et à faire le parallèle entre aujourd’hui et hier. Si on en a gardé une trace, c’est plus facile.
Un travail avec des erreurs, est un bon travail. Repartons un peu en arrière : un travail avec des erreurs EST UN TRAVAIL. L’enfant a dépensé de l’énergie pour le faire, même s’il y a des erreurs. Considérons ce travail. Un travail avec des erreurs est un bon travail car il entre dans le processus d’apprentissage. Les erreurs sont des indices, des repères de ce qui doit être modifié. Elles ciblent. Profitons d’elles pour avancer.
Alors même si la feuille est sale, elle témoigne d’un travail de par la production mais aussi le processus d’apprentissage qui passe par l’erreur. Ne jetons pas ce travail. Guidons l’enfant pour qu’il trouve ses erreurs et avance pour le prochain essai.
Des exemples
L’enquête :
L’erreur nous permet d’avancer, de nous perfectionner, de devenir « expert » d’une activité. Servons-nous-en comme base.
« Est-ce que c’est terminé ? Tu as vérifié ?
- – Oui
- – Ok, je viens vérifier avec toi à mon tour et on fait l’enquête aux erreurs. Le premier qui en trouve à un point par erreur ! Prêt ? Partez ? »
Marquez les essais :
Donnons aux erreurs leur place réelle. Faire des erreurs est positif : cela marque notre évolution, nos ajustements. On peut les « encoeurer » (les entourer avec des cœurs).
Appuyez sur les points forts plutôt que de mettre en évidence les points faibles :
On peut aussi entourer les réussites plutôt que de barrer les erreurs :
« Entre ce « a » et celui-là, tu préfères lequel ?
- – Celui-là.
- – Ah oui ? Pourquoi ?
- – Parce qu’il est plus rond.
- – Je suis bien d’accord ! Entourons ce a! »
Le chemin parcouru :
On peut aussi prendre le temps de regarder le chemin parcouru :
« Tu as vu ton premier « a » par rapport à celui-là ?! Qu’est-ce que tu en penses ?
– …
– Et oui ! C’est impressionnant comme tu as progressé ! ».
Gardez une trace :
Ne cherchons pas à gommer les erreurs ou à les faire disparaître. Gardons-les précieusement comme des traces du travail réalisé. N’oublions pas : un travail avec des erreurs est un travail. Les erreurs marquent les essais, ces « prises de risques » que certains ne veulent plus prendre. Et cette prise de risque est déjà une victoire ! Et c’est parfois cet essai qu’il faut féliciter, avant même la réussite.
Partagez vos expériences :
Pour apprivoiser l’erreur, toute la famille peut s’y mettre! Grâce au mur ou cahier des erreurs/réussites :
Il s’agit d’une zone avec une trame pré-écrite qui parle d’elle-même :
« Aujourd’hui j’ai fait une erreur sur :__________________________
Grâce à cette erreur, j’ai appris : ______________________________
→ Nous avons réalisé un super carnet à cet effet avec @aislynndesign que vous pouvez retrouver ici :
Le coin lecture :
Apprendre ! Stanislas Dehaene.
Le cahier des réussites, boite-a-psychomot
Mieux vivre avec le TDAH à la maison, Line Massé, Martine Verreault, Claudia Verret
TDAH, la boîte à outils, Ariane HEBERT
L’hyperactivité chez l’enfant, Dr Nathalie Franc
TDAH : pourquoi être ordinaire quand on peut être spécial ? Johanne Levesque, Sylvain Guimond et al.