Je bouge donc je suis.
Les mystères de l’HYPERACTIVITE
« Un petit pouce qui bouge, un petit pouce qui bouge, deux petits pouces qui bougent et ça suffit pour m’amuser…»
Le mouvement est synonyme de vie. Si je bouge, j’existe et je me sens exister. Mon corps me renvoie des signaux tactiles, kinesthésiques, labyrinthiques. C’est l’action qui parle. Je l’écoute et j’agis de nouveau, parfois de la même manière, parfois autrement. C’est rapide et stimulant. Le temps passe plus vite, je le contrôle. Je suis acteur du temps.
L’immobilité, c’est la mort. « Tous les matins quand je me lève, j’ai mal quelques part. Mais je ne plains pas. Je sais que si un jour je n’ai plus mal nulle par, c’est que je serai mort. » C’est l’absence d’échange avec soi-même. La réflexion, c’est du silence, de l‘angoisse, de l’incompréhensible. C’est long et ennuyeux. Le temps, on ne le tient pas dans ses mains. On le subit. Il nous passe dessus, on l’attend, on le regarde passer comme des spectateurs.

Doit-on à tout pris empêcher un enfant de bouger? Comment faire pour qu’il arrête?
L’adulte, lui, trouve ses propres trucs. Il fait du sport, beaucoup de sport. Il prend des pauses cigarettes. Il s’aère l’esprit et mange dehors. Il se ménage et pour cela, il s’aménage.
Alors pourquoi pas l’enfant? S’il a besoin de bouger, nous ne pouvons pas lui demander une immobilité totale mais éventuellement une mobilité contrôlée. Pour cela, il pourrait avoir lui aussi des « espaces » de mobilité.
La boîte à idées pour l’école:
- Les fidgets vous connaissez? Ce sont des petits objets à manipuler pour que les doigts bougent sans casser la règle, faire des tours avec la colle et la gomme… L’enfant pourra choisir son propre objet, prendre le temps de se familiariser avec à la maison (l’utiliser pendant les devoirs par exemple), puis une fois cela fait, l’amener en classe, si l’enseignant l’y autorise. Il faut avoir en tête qu’un petit temps est nécessaire pour que l’enfant s’habitue à l’objet. S’il est trop nouveau, toute son attention sera centrée sur l’objet et non sur ce qu’il se passe en classe… Donc ce temps préalable de découverte est essentiel!
- Et s’il avait un rôle? Par exemple celui de distributeur?! Distributeur de feuilles, polycopiés… Ou bien de messager: aller dire à l’un ou à l’autre quelque chose, aller chercher un objet à la photopieuse… Un temps pour se lever mais sans stigmatisation.
- La galette de picots, aussi appelée: « coussin dynair ». Il s’agit d’une sorte de galette avec deux faces: l’une à picots, l’autre lisse ou moins stimulante. Elle peut se poser sur l’assise de la chaise et permet une certaine mobilité au niveau du bassin. Elle peut aider l’enfant à répondre à son besoin de bouger sans déranger les autres.
- La course à la réussite: ma préférée! Lorsque l’enfant est en réussite sur un exercice « défi », il peut gagner des points et aller faire un tour de la cour à toute vitesse! cela peut être appliqué à tout enfant bien sûr, mais quels bénéfices pour celui qui a besoin de bouger!!
La boîte à idées pour la maison:
- La première question à se poser est:
-> « Est-ce que la mobilité parasite sa concentration ou son investissement? (notamment pour le temps des devoirs) ».
Votre enfant a passé toute sa journée à l’école, à se contenir, même si des aménagements sont en place, cela reste un coût pour lui. En rentrant, il a besoin de bouger, de remonter sa jauge attentionnelle et pour cela, rien de mieux que la mobilité. Ainsi, s’il est capable de fournir une capacité attentionnelle suffisante en étant assis à genoux sur sa chaise, allongé sur le canapé, changeant de position sans arrêt, la mobilité ici peut être tolérée et même accueillie.
- La seconde question est:
-> « Est-il indispensable qu’il ne bouge pas pour l’activité qu’il s’apprête à faire? »
Elle renvoie à la précédente, mais se généralise surtout à d’autres activités. Par exemple, à table. L’immobilité de l’enfant est-elle obligatoire? Si oui, pourquoi? Rappelez-vous que votre enfant n’a pas le même fonctionnement, ni les mêmes besoins que les autres. Il a peut-être besoin d’apprendre à rester assis, que cela soit moins long, ou peut-être aménagé:
Il peut peut être manger debout? Assis sur un gros ballon? Ou bien avoir son rôle: « le serveur« : celui qui va chercher le sel, l’eau, les desserts… pourquoi ne pas lui imposer un temps assis chronométré puis des temps debout? Pensez à partir de ses capacités: s’il peut tenir une minute: partez d’une minute ou même de 45 secondes. S’il est en réussite, il sera prêt à de nouveaux enjeux et vous pourrez progressivement augmenter le temps.
Pour chaque activité où vous exigez/attendez de lui qu’il soit assis, demandez-vous si c’est indispensable, ou si une autre manière de faire est possible.
- Et enfin:
-> « Est-ce que je peux adapter ce temps ou une partie de ce temps pour lui offrir une certaine mobilité? »
Une partie de la réponse est abordée ci-dessus. Vous pouvez imaginer pleins de façons de laisser une certaine mobilité à votre enfant:
– Pour les devoirs: réciter en marchant, calculs de tête, roulade à chaque réussite, dictée orale, poésies mimées/dansées (aide à la mémorisation pour certains enfants).. Faire des pauses, utiliser un planning visuel sur le temps des devoirs (à créer avec l’enfant).
-Dans la salle d’attente: l’enfant peut tout simplement rester debout, s’accroupir, faire la marche de la fourmi (talons-pointes) avec des défis, selon les endroits: restez dehors jusqu’à l’heure du rendez-vous et promenez-vous simplement…
-Si vous n’habitez pas loin de l’école, privilégiez les déplacements à pieds, trottinette, vélo pour lui permettre de se dépenser avant et après l’école.
-En rentrant, lui laissez un temps quotidien de mobilité: course, skate parc, trampoline… avant de le mettre aux devoirs.
-Veillez à ce qu’il ait suffisamment de temps de dépenses physique dans la semaine: activités sportives: natation, rugby, basketball…
Pleins d’autres idées existent mais pensez bien à:
- demander à votre psychomotricien les aménagements les plus appropriés au profil de votre enfant.
- vérifier auprès de l’enseignant que l’aménagement en question est possible à mettre en oeuvre pour lui en fonction de la dynamique de classe.
Lise JOFFRES, Psychomotricienne D.E.